Le nucléaire dans le monde : fin de la « renaissance »

Par Agnès Sinaï

Vingt ans après sa première édition, le World Nuclear Status Report 2012 dresse l’inventaire d’une industrie nucléaire en perte de vitesse dans le contexte actuel de crise financière, et encore frappée par les effets de Fukushima.

Durant la seule année 2011, la situation mondiale du nucléaire a été bouleversée : 19 réacteurs nucléaires ont été définitivement déconnectés dans le monde, tandis que 7 étaient mis en service. Quatre pays ont annoncé leur sortie du nucléaire : l’Allemagne, la Belgique, la Suisse et Taiwan. Cinq autres se sont retractés : l’Egypte, l’Italie, la Jordanie, le Koweit et la Thaïlande. L’Iran est le seul pays au monde à s’être engagé dans un programme électro-nucléaire commercial, depuis la Roumanie en 1996. Les chantiers sont arrêtés en Bulgarie et au Japon.

Etabli par les experts indépendants Mycle Schneider et Antony Froggatt en collaboration avec Julie Hazemann, le World Nuclear Industry Status Report 2012 résume la situation : en 2011 quatre nouveaux chantiers de réacteurs ont été lancés, et en 2012 deux. La France, l’Inde, le Brésil et les Etats-Unis ont annulé les nouveaux chantiers. Aux Pays-Bas, au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, des compagnies clés se sont retirées des projets. La certification de nouvelles technologies de réacteurs est reportée, c’est le cas du réacteur franco-allemand EPR qui ne sera pas agréé aux Etats-Unis avant fin 2014. Dans divers pays, les chantiers en cours ont pris du retard, en Chine, en Arménie, en Finlande et aux Etats-Unis. Sur 59 unités en construction dans le monde, au moins 18 connaissent des retards de plusieurs années. Le projet de la centrale Watts-Bar-2 aux Etats-Unis bat tous les records : la construction a commencé en 1973, et la mise en service a été reportée jusqu’en 2015 ou 2016.

Chantiers en déshérence et dérive des coûts

Quant aux nouveaux candidats à l’industrie nucléaire, tels que le Bangladesh, le Belarus, l’Indonésie, la Jordanie, la Pologne, l’Arabie saoudite, la Turquie, les Emirats arabes unis et le Vietnam, ils reculent devant les contraintes financières et les difficultés d’implantation liées à leurs conditions climatiques spécifiques, comme l’absence d’eau pour refroidir les réacteurs. Dans ces pays, l’implantation d’énergies renouvelables et l’utilisation du gaz naturel s’avèrent moins coûteuses et plus facile à implanter.

Un gendarme du nucléaire bien peu indépendant

par Agnès Sinaï, Le MONDE diplomatique, décembre 2012

Dans les méandres de l’Agence internationale de l’énergie atomique

Un gendarme du nucléaire bien peu indépendant

Impuissante à réguler la circulation des matières fissiles et à régler le dossier iranien, l’Agence internationale de l’énergie atomique a deux visages : zélatrice du nucléaire civil d’un côté, gendarme du nucléaire militaire de l’autre. Elle défendra les vertus de l’atome y compris à Fukushima, où elle tiendra sa conférence ministérielle du 15 au 17 décembre.


C’est à Vienne, la capitale autrichienne, dans un paysage de ville nouvelle entre le Danube, un échangeur autoroutier et le métro aérien, qu’est sise l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Au cœur de cet ensemble monumental de 4 500 bureaux cerclé de barbelés, la dalle désertique du complexe des Nations unies accueille une conférence sur la sûreté nucléaire après la catastrophe de Fukushima (Japon) survenue en mars 2011. Des véhicules diplomatiques stationnent devant l’entrée, où des grappes de dignitaires s’engouffrent avant de plonger discrètement vers les sous-sols par des escaliers mécaniques en cascade.

A la tribune, le diplomate japonais Amano Yukiya, directeur général de l’AIEA depuis 2009, s’adresse à un parterre de délégués issus des 153 pays membres. Ministres, représentants d’agences nationales du nucléaire, industriels de l’atome et experts de la radioprotection s’inquiètent de voir la renaissance annoncée dans les années 2000 compromise par l’accident japonais. M. Amano n’en espère pas moins « une nouvelle ère », avec des critères de sûreté des centrales renforcés et globalisés. Depuis juin 2011, l’agence diffuse d’ailleurs des communiqués lénifiants sur l’évolution des six réacteurs de la centrale de Fukushima, compilations des informations transmises par le groupe électronucléaire Tokyo Elec-tric Power Company (Tepco) et l’autorité de sûreté nucléaire japonaise, la Nuclear and Industrial Safety Agency (NISA). Surveillance et promotion du nucléaire : c’est le cocktail paradoxal qui définit cette agence pas comme les autres…Suite de l’article

 

Terre à Terre – France Culture

Ruth Stegassy de France Culture

L’émission TERRE A TERRE de Ruth Stegassy sur les ondes de France Culture peut être écoutée et téléchargée sur le site Archives des émissions TERRE A TERRE. Nous vous recommandons d’ailleurs vivement les deux autres émissions consacrées à la thématique du nucléaire.

Nucléaire 1 : Exploitation de la mine d’uranium de Faléa au Mali

Emission TERRE A TERRE du 6 octobre 2012 

Avec Many Camara, professeur de sociologie, membre de l’ARACF (Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa).

 

Nucléaire 2 : tour de France des installations nucléaires

Emission TERRE A TERRE du 13 octobre 2012

Avec André Paris, géologue indépendant, auteur d’un travail cartographique/photographique sur le nucléaire en France.

Nucléaire 3 : Après Fukushima

Emission TERRE A TERRE du 20 octobre 2012

Avec Arkadi Filine, collectif des auteurs du livre « Oublier Fukushima » (Editions du bout de la ville).

Coup de projecteur sur l’uranium de Faléa

Un congrès international sur « l’uranium, la santé et l’environnement » a lieu ce week-end à Bamako. Les habitants d’une commune malienne se battent depuis des années contre un projet d’exploitation.

A l’initiative de l’ONG « International Physicians for the Prevention of Nuclear War » et de l’Association des ressortissants et amis de la commune de Féléa (ARACF), le Centre international de conférence de Bamako abritera du 16 au 18 mars un congrès international consacré à « l’uranium, la santé et l’environnement ».

Le choix de Bamako pour cet événement n’est pas anodin. Le Mali, après son voisin nigérien, aiguise l’appétit des compagnies minières multinationales pour ses réserves en uranium. Malheureusement, regrettent les organisateurs, la population et les décideurs politiques ont des connaissances limitées au sujet de l’exploitation de ce minerai et de ses conséquences.

Explorations en cours par compagnie canadienne

En quatre ans, des dizaines de puits de carottage sont apparus sous des terres de cultures vivrières. L’exploitation minière proprement dite n’y a pas encore débuté. Mais le groupe canadien « Rockgate » poursuit la phase d’exploration, pour déterminer l’emplacement des meilleurs gisements et leur profondeur. Ce n’est plus qu’une question de mois, dit-on. Pour les habitants mobilisés contre cette opération minière au sein de l’ARACF, le temps presse.

Les représentants du ministère des Mines seront particulièrement attendus au congrès, qui sera également l’occasion pour les candidats à l’élection présidentielle de faire connaître leur position sur le sujet. « L’enjeu est énorme sur le plan politique, économique et social », commente le représentant de l’ARACF Many Camara. Il rappelle que « les éléments toxiques de l’uranium se propagent dans la nature ».

La candidate à l’élection présidentielle française absente

L’eurodéputée et candidate à l’élection présidentielle française Eva Joly ne sera pas du déplacement cette fois. La farouche opposante au nucléaire s’était rendue à Faléa en mars 2011 avant de rencontrer Amadou Toumani Touré. « Le président a promis d’arrêter les forages, de ne pas délivrer de permis d’exploiter et de désormais favoriser l’agriculture plutôt que les industries polluantes », avait-elle alors déclaré. Une déclaration contredite peu après par l’entourage de la présidence, selon qui « il n’y a pas eu de prise de décision de faire arrêter tout de suite les forages ».

 

Exploitation de l’uranium de Faléa : Le niet des élus du cercle de Kéniéba

« A l’issue d’une formation, les élus du cercle de Kéniéba se sont opposés à la réalisation du projet d’extraction de l’Uranium de Faléa ».

La révélation a été faite le 25 avril 2012, par Nouhoum Keita, coordinateur du programme de renforcement des capacités des populations de Faléa et des élus du cercle de Kéniéba, lors de la conférence de presse sur le bilan du partenariat entre l’Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa (ARACF) et la Fondation Rosa Luxemburg.

C’est un secret de polichinelle, la Commune rurale de Faléa située dans le cercle de Kéniéba, est aujourd’hui menacée par l’exploitation des ressources du sous sol dont l’Uranium. C’est suite à ce déferlement des sociétés minières sur le territoire de la commune que l’ARACF a décidé de s’impliquer activement dans le dossier minier. Selon Nouhoum Keita, toutes les actions visent à constituer un solide rempart contre le pillage effréné des ressources du pays par les investisseurs capitalistes internationaux.

« L’ARACF s’est mobilisée dans le but d’aider les populations et les élus à rester maîtres de leur destin, à choisir et à mettre en œuvre leur propre mode de développement, respectueux de leur culture et de leur environnement », a-t-il déclaré. Pour renforcer les capacités techniques des populations, des autorités traditionnelles et communales, Nouhoum Keita dira que l’ARACF a sollicité et obtenu l’appui de la Fondation Rosa Luxemburg, d’une valeur de 15 millions de FCFA. Selon lui, cela a permis la réalisation d’une série d’ateliers d’information et de sensibilisation des populations sur les activités des industries extractives et sur les effets secondaires nocifs consécutifs aux activités de prospection et d’extraction de l’uranium.

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Pour sa part le Professeur Many Camara a rappelé que l’ARACF n’est pas contre la volonté de l’Etat malien de diversifier ses activités minières. Mais, il a indiqué l’ARACF est opposée à l’extraction de l’uranium de Faléa pour tout le risque que cela comporte pour les populations. « Pourquoi ne pas abandonner le projet d’exploitation de l’uranium pour se consacrer à l’exploitation de l’or, du diamant et de la bauxite qui offre des potentialités estimées à 450 millions de tonnes », s’est-il interrogé.

Il a aussi proposé le développement de la filière du bambou dont regorge la zone et le développement de l’éco tourisme dans cette partie verdoyante de notre pays. « Il faut un programme de désenclavement de la zone de Faléa afin que la zone puisse développer son riche potentiel et nous allons nous battre pour le faire comprendre aux autorités », a-t-il déclaré. Pour conclure, il dira qu’il n’y a rien de rationnel à la démarche du gouvernement malien qui veut coûte que coûte exploiter l’uranium à Faléa.

Assane Koné

 

Une conférence mémorable et puis ….un coup d’État

Bamako mars 2012

La conférence sur l’Uranium, la santé et l’environnement à Bamako du 16 au 18 mars 2012 avait la particularité d’avoir été organisée par une initiative citoyenne d’une petite Commune, Falea au Mali en partenariat avec l’IPPNW1 – les médecins pour la prévention de la guerre nucléaire, le Uranium network et l’alliance africaine de l’uranium AUA2. Le centre international de conférence a été pendant trois jours le point de rencontre entre experts du nucléaire, médecins et activistes, curieux de la société civile et une grande délégation d’habitants de la Commune de Falea, qui s’oppose au projet de la première mine d’uranium du Mali.

David FIG, Afrique du Sud : sociologue de l'environnement, économiste politique

Après les mots d’accueils exprimés par le Professeur Many CAMARA de l’initiative citoyenne ARACF de Falea, le président de l’IPPNW Suisse, Professeur Andi NIDECKER insiste sur l’urgence de la mise à disposition d’une information scientifique pour la protection des populations confrontées aux travaux d’exploration de l’uranium et aux possibles montagnes de déchets d’une mine projetée. Il conclue face aux dangers incalculables de cette technologie de laisser ce minerai, sans le toucher, reposer là où il est : dans le sous sol. Le ministre des mines du Mali, Amadou CISSÉ, salue l’importance de cette rencontre scientifique et souhaite que ces connaissances soient respectées lors d’une mise en place de l’extraction du minerai. Il poursuit : « La lutte contre la pauvreté n’est que trop souvent accompagnée d’un manque d’information. Il va falloir inclure la population locale et éviter les fautes qui ont été commises ailleurs. » Gunter Wippel de l’uranium Network donne un aperçu sur les techniques et les dangers de l’uranium. Son intervention est complétée par l’ingénieur en physique nucléaire et responsable du laboratoire de la CRIIRAD en France, Bruno Chareyron. Connaissant la situation à Faléa, il dresse en outre une liste de toutes les méfaits commis par la société qui explore le terrain, la canadienne Rockgate Capital Corp3. « Même la phase d’exploration est souvent accompagné par des incidents provoqués par le radon4, un gaz hautement toxique. » Partout où l’on a extrait de l’uranium on laisse des montagnes de poussières radioactives qui continuent à contaminer les populations des alentours et empoisonner les nappes phréatiques.

Cette introduction est suivie par les récits de personnes venant du Gabon, de la Namibie, du Niger, du Congo, de l’État New Mexico aux USA, de Jadugoda en Inde, de l’Afrique du Sud et du Canada pour témoigner sur les effets de l’extraction de l’uranium dans leurs pays. Esther Yazzie – une indienne de la tribu des Navajo, raconte, plein d’émotion la situation désastreuse dans son pays natale après 60 ans d’extraction de ce minerai. Elle rappelle les liens qui nous lient à la terre et la nécessaire vigilance de la société civile. Chez les Navajo, ils ont perdu une génération tout entière : mort du cancer des poumons suite à l’inhalation du gaz radon dans les mines et leurs environs. Le rapport de Madame Salli RAMATOU du Niger5 dévrait être connu partout. Malgré les promesses exprimées il y a 40 ans, au début des 159 mines d’uranium dans ce pays, les droits de l’homme y sont bafoués, le développement et le bien être inexistant. Le responsable principal est AREVA. Cette société française, numéro un mondial du nucléaire, a méticuleusement veillée à ce que le taux de pauvreté reste collé au niveau de 1996. Le Niger souffre d’une contamination radioactive presque généralisé : des montagnes de poussières de déchets radioactifs de l’ordre de 35 millions de tonnes sont constamment érodés par les vents. Mme RAMATOU conclu son récit avec la phrase : « Deux ampoules sur trois brillent en France grâce au combustible nucléaire du Niger, qui est aujourd’hui un des pays les plus pauvres de la terre ».

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Doug Brugge, Professeur à la Tufts Medical School de Boston aux Etats Unis,

Trois scientifiques et médecins, Doug BRUGGE, Professeur à la Tufts Medical School de Boston aux Etats Unis, Mme Dale DEWAR du Canada, également médecin, et le Docteur Shri PRAKASH de Jadugoda en Inde6 ont chacun présenté leurs analyses des effets de l’uranium et sa radioactivité sur la santé de la population : des leucémies, des cancers de poumons, des disfonctionnement rénales, des déformations congénitales héréditaires en constante hausse.

Marc Ona ESSANGUI rappelle que la société AREVA a aussi sévit au Gabon. Aujourd’hui, après la fermeture en 1999 du site Mounana, des milliers d’habitants n’ont pas d’autre choix que de préparer leur repas quotidien avec une eau contaminée par la radioactivité. « Et Areva planifierait la réouverture des mines au Gabon. »

Golden MISABIKO venu à Bamako de la République démocratique du Congo s’étonne du nom que porte son pays. Les mots république et démocratique le fâchent. Après avoir publié une enquête sur AREVA chez lui, il a été incarcéré le lendemain. Il a du s’exiler. L’exploitation des mines est le plus rentable là ou les multinationales ne sont pas contraintes de respecter les Droits de l’homme, des lois environnementaux, un État de Droit ou une démocratie qui se respecte.

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Podium Bamako

Nouhoum KEITA, responsable de communication de l’initiative citoyenne ARACF décrit, que grâce à la mobilisation locale et le réseau internationale de solidarité, ARACF est devenu un acteur incontournable dans la procédure „de bonne gouvernance“ de l’Étude d’impact environnemental et social. Pourtant, il doit reprocher au gouvernement et au ministères concernés un manque de suivi et des promesses non tenues de mise à disposition d’informations. Les élus, des habitants et le chef du village traditionnel appuient l’intervention de Nouhoum par des commentaires. On veut et on va dire non à ce projet d’extraction d’uranium. On sent une certaine fierté qui s’exprime. Une détermination genre on ne lâchera rien. Des Falois remercient les hôtes venus de loin pour les appuyer……

L’incident

Le représentant du ministère des mines Seydou KEITA fait l’éloge de la richesse minière du Mali, qui exporterait annuellement environ 50 tonnes d’or. Il omet d’indiquer la valeur de ce pactole et la part qui reste dans le pays annuellement7. Mali est le troisième producteur d’or du continent africain ce qui est ici assez invisible. Le porte parole du ministère présente – powerpoint tableau à l’appui – un schéma de répartition exemplaire. Une sorte de transparence de façade ou l’information essentielle reste cachée. Une certaine grogne se fait sentir. Il poursuit que le Mali sera capable de réaliser l’extraction de l’uranium sans dégâts pour les populations… « grâce à dieu qui a donné l’intelligence aux maliens. Tant qu’il y aura des multinationales, qui s’intéressent pour nos matières premières, nous les accueillerons, vous pouvez discuter ici ce que vous voulez ». Dans sa lancée il reproche aux invités d’être venus uniquement pour faire des vacances au Mali. Ceci était le mot de trop. Un débat houleux s’instaure. Mais assez rapidement les organisateurs réussissent à remettre une ambiance d’écoute dans la salle. Professeur Many CAMARA exige du représentant du ministère des mines une excuse publique avant que la parole puisse être donnée aux intervenants suivants. Ses excuses, après de longues phrases insignifiantes, ont été acceptées par acclamation. Seydou KEITA

Madame RAMATOU rappelle la situation du Niger et la chance du Mali, où il est encore temps et possible d’éviter l’extraction d’uranium. Une longue liste de doléances et critiques faces à la société canadienne Rockgate Capital Corp (RCT) est dressée par une série d’intervenants de Faléa : les forages ont provoqué une pollution de puits d’eau ; mais les livraisons d’eau potable par RCT ont cessées après quelques jours ; des foreuses 24h sur 24 à proximité des huttes habitées ; des vaches, qui sont morts d’une manière inexplicable après avoir bu de l’eau des trous de forage mal sécurisés….

La possibilité de dire non au projet de la mine sera la consultation populaire. C’est une mesure qui fait partie de l’Étude d’impact environnemental et social. Mais est ce que ce sera seul une petite délégation des habitants qui aura un droit de vote ou est ce que ce sera une décision ou chacun et chacune des 17’000 habitants auront leur mot à dire ? Est ce que une décision négative pour la multinationale sera respecté ? Et la population, est ce qu’elle pourra compter sur le gouvernement ?

La rencontre à Bamako confirme l’importance de ces échanges d’informations, la nécessite de la mise en réseau d’acteurs les plus divers et l’exigence du respect des principes démocratiques, qu’il faut arracher de leur utilisation purement décorative. Les habitants du village de Faléa veulent être pris au sérieux. Les habitants de l’ensemble du continent africain ne pourront pas se satisfaire de ce que le P-DG de la société PALADIN Energy à exprimé : „The Australians and Canadians have become oversophisticated in environmental and social consent over Uranium Mining. The Future is Africa.“ (Executive Director Paladin Energy Australia 2006)8

Épilogue :

Quelques participants de la conférence se rendaient à Falea. Cinq heures sur la nouvelle route vers Keniéba, à la frontière vers le Sénégal et ensuite un chemin de terre rocailleux sur 80 km. Encore quatre heures. La route asphaltée a été construite d’ailleurs par une coalition de sociétés chinoise, japonaise et française. Les travaux ont été financée par divers fonds étatiques de développement en vue des nombreux projets d’extraction minière dans cette région.

Au retour à Bamako : Coup d’État. Le président Amadou Toumani Touré (ATT) et un certain nombre de ses ministres, des généraux et des colonels ont été arrêtés, l’aéroport et les frontières fermés. On parle de très peu de morts. La population est resté très calme et retenu. Quelques pillages et confiscations de véhicules ont eu lieu. Déjà trois jours après on a l’impression d’une certaine normalisation. Les soldats sont appelés à retourner dans leurs casernes. La junte a ordonnée la reprise des activités pour mardi 27 mars à partir de sept heures trente du matin. Elle a déclaré d’avoir pris le pouvoir pour redresser la démocratie et restaurer l’État. L’arrogance du ministre et surtout de son représentant lors de la rencontre « Uranium Santé et environnement » a été rejeté très vivement par les habitants de Faléa. Une grogne s’est manifesté au Palais du Congrès. Nous venons d’apprendre que de nombreux Falois espèrent que les jeunes Capitaines du Comité Nationale pour le Redressement de la Démocratie et la Restauration de l’État (CNRDRE) ne laisserons pas durer les habitudes prises par les sociétés minières, de verser des dessous de tables qui se transforment en villas ministérielles et pots de vins, des miettes pour la population et de transférer les bénéfices dans les paradis fiscaux.

Littérature : Dossier de préparation de la conférence de Bamako : à commander auprès de : Uranium Network.org

AREVA en AFRIQUE par Raphaël Granvaud, Edition Agon et Survie ISBN 978-2-7489 -0156-6

L’avenir radieux, Nicolas LAMBERT, www.unpasdecote.org

Le scandale de la France contaminée : DVD Pièces à conviction FR3

L’ensemble des débats a été enregistré et filmé. La conférence a été traduite également en bambara. Ces précieuses interventions seront utilisées pour radio-difffusion notamment par la Radio locale de Faléa. Grâce à l’aide de la Solidarité Internationale de la République du Canton de Genève ces contributions scientifiques pourront être traduites dans les quatre langues qui sont parlé à Faléa. Pour de plus amples informations : lammler(at)forumcivique.org

Uranium : Faléa en débat au Forum des peuples

Pour son troisième jour de débats, la 10ème édition du Forum des peuples à Niono a ouvert ce mercredi les discussions sur une thématique très attendue : « La problématique des exploitations des ressources minières et énergétiques au Mali et en Afrique, cas de Faléa : Quels impacts, droits des communautés, responsabilités de l’Etat et des sociétés minières ». Le thème, qui est jugé pertinent par les participants à ce contre-sommet du G20, reste d’actualité au moment où les travaux de recherche d’uranium dans la commune de Faléa (dans la région de Kayes), font l’objet de nombreux débats dans notre pays.

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Nouhoum KEITA, l’un des panellistes

« Faléa est menacée, les populations sont inquiètes »

Présenté par le secrétaire à la communication de l’Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa (ARACEF), le thème a eu un succès d’audience avec la participation de nombreux chercheurs, et spécialistes de la question minière. D’entrée de jeu, le conférencier fera savoir que le secteur minier a remplacé de nos jours au Mali, l’agriculture d’exportation (dominée par la monoculture du coton) comme principale source de devises. Mais dans la montée en puissance de l’exploration et de l’exploitation des ressources naturelles promues par le gouvernement malien (l’uranium et la bauxite) occupent désormais une place de choix. Le plus important potentiel d’uranium se trouve ainsi dans la commune rurale de Faléa

Pour Nouhoum Keïta, la ruée des multinationales vers le Mali s’explique par le fait qu’en plus d’un sous-sol extrêmement riche, le pays offre un environnement propice pour l’enrichissement des investisseurs internationaux et la sécurisation de l’approvisionnement des puissances étrangères en produits de base stratégiques. Cependant, remarque le conférencier, au Mali comme ailleurs, en Afrique, l’expérience a montré que le développement de l’industrie extractive n’a pas permis, jusqu’à présent, de relever significativement le niveau du développement économique et social du pays. « Les études et analyses indépendantes (Oxfam America, FIDH,.) ont établi que si le secteur minier constitue un el dorado pour les compagnies privées étrangères, son développement ne garantit ni la protection de l’environnement, ni le respect, la protection et la promotion des droits humains fondamentaux ni l’amélioration à long terme des conditions de vie des populations » fait savoir le conférencier. Qui regrette que Faléa n’échappe à cette règle.

Minerais aux multiples conséquences

« L’uranium est un élément chimique qui n’est pas stable », fait savoir le militant de l’ARACF. Pour qui le minerai se désintègre avec le temps en 13 éléments différents. « Plusieurs éléments ont une période physique extrêmement longue (des milliers d’années). En tant qu’élément chimique, il présente plusieurs dangers. Il est radioactif, et envoie des rayons alpha, bêta et gamma. Il est chimiquement toxique. Il est repro-toxique (toxique pour les organes reproductifs)… », décrit le conférencier. Qui regrette que malgré ces nombreuses conséquences de l’exploitation de l’uranium, les autorités n’aient pris aucune disposition pour prévenir une catastrophe environnementale et sanitaire. « L’uranium hautement enrichi (100%) sert à fabriquer les bombes atomiques », s’alarme le conférencier. Qui prédit dans les jours à venir une sérieuse dégradation du sous-sol et du cadre de vie à Faléa. « Le sol peut-être contaminé avec du plutonium provenant des retombés des essais d’armes nucléaires. Il se déplace lentement en profondeur dans le sol et dans les eaux souterraines. Pour l’environnement et les populations riveraines, il y a également des risques énormes, avec la production d’une grande quantité de déchets radioactifs fluides (stériles) qui resteront radioactif pendant des milliers d’années. Quand les digues des bassins qui contiennent les stériles cassent ou deviennent poreuses l’environnement est contaminé. Les stériles et résidus envoient en permanence le gaz radon dans l’air et l’environnement. La dispersion de la poussière radioactive par le vent et les pluies, infiltration dans les nappes phréatiques et contamination des eaux » prévient le militant de l’ARACF.

Pour le conférencier, c’est face à cette situation que l’ARACEF a pris le taureau par les cornes, en initiant de nombreuses actions de formations, d’information et de sensibilisation des autorités élus et populations de la commune. « Avec l’implantation prochaine d’industries extractives dans cette commune, notre association a décidé de prendre en charge la dimension environnementale et sanitaire des populations. Cela, dit-il, en contribuant, aux côtés de l’Etat malien et de la municipalité de Faléa, à la réalisation effective des droits des populations résidentes (protection de la santé, du cadre écologique, des droits et des intérêts économiques et sociaux, de la culture et des aspirations des communautés vivant dans la Commune (autochtones et allochtones) ».

SOURCE Journaux du MALI – Issa FAKABA SISSOKO – 02/11/2011

Déclaration de la Jeunesse de la Commune Rurale de Faléa

Mobilisation de la jeunesse de la Commune rurale de Faléa contre le projet de mine d’uranium

Déclaration de la Jeunesse de la Commune Rurale de Faléa à l’intention de la Délégation de la Commission des Mines de l’Assemblée Nationale du Mali en mission d’information sur le terrain (10 juillet 2011)

jeudi 22 septembre 2011, par FODE

Discours de la jeunesse de Faléa lors de la réception de la mission d’information de la Commission des Mines de l’Assemblée Nationale du Mali (10 juillet 2011)

Honorables députés membres de la Commission des Mines de l’Assemblée Nationale du Mali, Monsieur le Délégué de l’ARCAF, Monsieur le Sous-Préfet de Faléa, Monsieur le Maire de la Commune Rurale de Faléa, Messieurs le Chef et Conseillers de village de Faléa, Distingués invités,

Nous souhaitons la bienvenue à la délégation de la Commission des Mines de l’Assemblée Nationale du Mali.

A l’occasion de cette mission historique de l’Assemblée Nationale du Mali à Faléa, permettez-moi d’exprimer la volonté de la jeunesse de Faléa. Nous avons le cœur plein d’amertume et de la peur perpétuelle d’un malheur vague qui pourrait causer la destruction des facteurs biotiques dans notre commune. La nature exerce une grande influence sur l’homme qui, à son tour, peut, par ses activités, produire sur elle des effets dangereux et faire planer des menaces sur la vie des populations. C’est le cas des activités de recherche d’uranium dans la Commune Rurale de Faléa par les sociétés minières Delta Exploration Inc. et Rockgate Capital Corp. :
- la pollution des eaux de surface déversées dans des marigots et rivières qui sont utilisés par la population pour son approvisionnement en eau :
- la dégradation de la nature
- la piste d’atterrissage est trop proche des habitations et des services (centre de santé, mairie, etc.) ;
- l’empoisonnement d’animaux par les eaux polluées par les produits chimiques utilisés lors des forages et carottage effectués à travers les champs agricoles, les pâturages et les forêts ;
- la pollution de puits traditionnels, sources d’approvisionnement quotidien en eau de milliers d’habitants.

Les difficultés tiennent ainsi donc à la mauvaise exploitation de nos terres de culture, des nos sources d’eaux, de nos pâturage, de nos forêts et de nos lieux d’habitation par un nouveau mode de mise en valeur imposé contre volonté et qui entraîne des conséquences néfastes sur la qualité de l’eau, de nos sols, de l’air et donc sur notre santé, comme sur la vie des animaux, des plantes et des oiseaux.

Par conséquent, pour la survie physique et mentale de la population vivant dans la Commune Rurale de Faléa (au moins 17000 habitants), la jeunesse de Faléa recommande à l’Assemblée Nationale du Mali de voter une loi interdisant l’exploitation de l’uranium à Faléa.

La population de Faléa est contre toute personne-ressource qui recommanderait l’exploitation de l’uranium dans notre commune.

Et à bas l’exploitation de l’uranium à Faléa !

Je vous remercie.

Fait à Faléa, le 10 Juillet 2011

Sambou Keïta

Président Association des Jeunes de la Commune Rurale de Faléa